Birgit Ulher / Christoph Schiller – Tulpe Schicht Brille

 

 

1. Pollergebiet (12:08)
2. Tulpe Schicht Brille (8:44)
3. Hohltier (3:50)
4. Licht Pilot (7:47)
5. Teich Tisch Leib (8:10)

· Birgit Ulher: trumpet, radio, speaker, objects
· Christoph Schiller: spinet, electronics, objects

All music by Birgit Ulher (GEMA) & Christoph Schiller
Recorded by Christoph Schiller at his atelier on 5-7/4/2017
Mixed and mastered by Christoph Schiller
Drawings by Birgit Ulher
Graphic design by László Szakács
Special thanks to László Juhász

Releases: September 2018 / first edition of 300 copies
Purchase: Bandcamp / Discogs

 


 

Reviews ↓

 

“Cela fait quelques lustres que je ne manque pas d’écrire au sujet des albums de la trompettiste Birgit Ulher, une praticienne de l’improvisation radicale parmi les plus intéressantes parmi celles et ceux qui ont remis à plat l’improvisation libre il y a plus d’une quinzaine d’années. À force de chercher des mots et des phrases pour sa musique, j’ai le sentiment d’être à court d’idées et d’avoir le sentiment d’avoir entendu cela. Mais si je n’avais pas pris le parti d’écrire régulièrement à son propos (B.U.), ma connexion avec Inexhaustible Editions aurait mis ce tulp schicht brille sur ma route après leur précédente parution d’un autre de ses albums Scoriacon (Birgit Ulher & Felipe Araya ie-006). Et cela me donne l’opportunité de redécouvrir cet explorateur de l’épinette, Christoph Schiller, dont j’avais apprécié un duo intéressant avec le violoniste Harald Kimmig (sur Creative Sources). Il faut d’abord situer ce qu’est une épinette, un curieux instrument à clavier des XVI et XVII ème siècles, proche du clavecin ou du virginal. À l’époque ces trois termes étaient souvent utilisées indifféremment, la spinette italienne ou épinette française désignait en France et en Italie cet instrument à cordes pinçées par des sautereaux (en cuir), lesquels sont actionnés par un clavier. En fait, il s’agit de la mécanisation du luth, instrument de base de la musique au Moyen-Âge, les sautereaux remplaçant l’unique plectre pour chaque corde. Les cordes sont tendues à l’oblique du clavier créant ainsi la forme oblongue de l’épinette dont le registre s’étend approximativement sur quatre octaves. Le clavecin dit vertical a, lui, une forme de trapèze à deux angles droits côté clavier, si vous me suivez bien. La pochette n’indique pas s’il s’agit d’une épinette française ou une italienne. Tout çà pour dire que l’épinette est un instrument curieux, plein de possibilités insoupçonnées, dont l’apparence « skieve lavabo » a sûrement dû inspirer Schiller. Il se fait que mon activité d’organisateur de concerts dans le passé m’a fait participer au projet Temperaments de Jon Rose et de Veryan Weston (cfr le cd Emanem 4207 “Temperaments”) où le pianiste jouait des clavecins et pianofortes (et aussi de l’orgue) accordés avec des diapasons « obsolètes » et à la mistenflute en vue d’écarter et torturer les intervalles précis de la musique tempérée. NB: Mistenflute, c’est du Belge – Bruxellois. Comme les Français lardent leur langue de néologismes barbares anglo-saxons, je ne peux pas m’empêcher de titiller leur ignorance de « ma » culture où les mots prennent directement leur signification dès qu’on les entend même si on en ignorait l’existence. C’est bien un peu comme cela que fonctionne l’improvisation libre : on ne comprend pas souvent comment le collègue parvient à s’exprimer comme il le fait au moment même, moment partagé en temps réel par l’un et par l’autre, mais différemment pour chacun des deux. Mais cela nous rend quand même capable de réagir au quart de tour (de manivelle). Et donc c’est comme cela que ce duo crée sa musique, mais, ici, avec un sens de la sélection des choix dans la manipulation de l’instrument et de l’émission des sons et des timbres particulièrement aigu. Aussi, ils prennent soin d’alterner leurs interventions respectives, parfois millimétrées, le temps d’un soupir ou d’une demi-portée. Une qualité percussive et détaillée au niveau du son. Et leur approche radicale bruitiste excelle à produire des sonorités surprenantes, joyeusement variées et qui subliment la grisaille apparente qui semble s’imposer si on l’écoute d’une oreille. Au casque (headphones), c’est idéal. Je dois dire que, si j’ai toujours dit que Birgit Ulher est une artiste particulièrement originale sur son instrument et que sa démarche vaut bien celles des Axel Dörner et Franz Hautzinger, deux autres révolutionnaires de la trompette et des concepts en jeu dans la musique improvisée, je dirais que Christoph Schiller est un musicien singulier et très méritant. D’abord, il faut souligner qu’un claviériste qui voyage avec son épinette, instrument rare et coûteux, mais plus léger et transportable qu’un piano, avec ou sans queue, pour se produire en concert, doit être particulièrement allumé, compte tenu des moyens formidables dont dispose un improvisateur « libre » pour présenter sa musique. Imaginez la tête d’un checkeur de bagages Ryanair avec un engin pareil. Schiller doit aller jouer en déplaçant l’épinette en voiture et se taper des centaines de km d’autoroutes (péages, vignettes et autres joyeusetés), alors que ses collègues prennent l’avion ou le train. Car vous n’imaginez quand même pas qu’un fada de musique de la Renaissance, propriétaire d’un éventuelle épinette, va laisser un pareil à Schiller « préparer » son instrument et jouer avec des objets dans les cordes. Car notre ami suisse (C.S.), il ne la ménage pas son épinette. La caisse, le ou les chevalets (française ou italienne ?), les cordes, tout semble vibrer dangereusement. Il y a là comme ustensiles, archet, cuiller, fourchette, gobelet, coupelle métallique, e-bow, et de l’électronique divergente. Et donc, nos duettistes font imploser la raison d’être de leurs instruments respectifs en explosant tous les paradigmes de jeu et de musicalité. Une caractéristique de Birgit Ulher est son sens précis du timing, qui lui vient sans doute de son travail antérieur avec des improvisateurs du calibre de Roger Turner et Uli Philipp ou de Martin Blume et Damon Smith avec lesquels elle a enregistré des albums fantastiques : Umlaut et Sperrgut. Je le rappelle encore, aux collègues et amateurs, car la musique d’Umlaut est aussi fumante que celle de Weavers, par exemple, avec Lovens, Christmann ou Altena en 1979 (vinyle Po Torch) et que Sperrgut révèle des qualités insoupçonnées. Et comme la dame a choisi d’évoluer dans un autre univers que cette interactivité kinesthésique, jugée has been par d’aucuns, autre univers que je qualifierais de soft-noise ou lower case, ses capacités remarquables d’intervention face au temps qui s’échappe de nano-seconde en nano-seconde insufflent une dynamique bienvenue dans le développement assez linéaire (ou laminal, cfr AMM) de cette approche improvisée dont certains documents peuvent révéler qu’il s’agit parfois malheureusement d’une posture. Réduire le champ des possibilités instrumentales et musicales demande un sacré talent pour rendre ce postulat expressif, vivant et requérant pour l’attention et le plaisir de l’auditeur. Ces artistes considèrent l’art des bruits en se servant de leur instrument soit, comme un tube dont on recherche et actionne les propriétés sonores à travers les vibrations les plus insoupçonnées de la colonne d’air (Ulher) ou comme une caisse de résonance à cordes tendues objétisée, préparée et actionnée par de curieux objets, une sculpture – installation qui se fait entendre au lieu d’être vue (Schiller). En écoutant avec attention, je réalise la puissance créative de ces artistes du bruitage et du murmure : on n’a pas l’occasion d’avoir le sentiment qu’ils se répètent beaucoup, même un peu. Leur matériau sonore est parfois recyclé, mais très souvent altéré, évolutif, transformé, recontextualisé, de nouvelles choses apparaissent, d’autres disparaissent et ressurgissent sous un autre aspect. Birgit se contente de souffler de l’air dans le tube, de percuter légèrement l’embouchure, de faire crier une faible harmonique, de tapoter une de ses étranges sourdines (plaque de cuivre à poncer) sur le pavillon, etc… De nombreux paramètres de l’émission sont chamboulés à pas feutrés mais, paradoxalement, incisifs. Dans ce contexte, les extrapolations bruitistes parcimonieuses et parfois éthérées de Christoph Schiller prennent tout leur sens, même si, après avoir écouté de nombreux enregistrements de Birgit Ulher, la surprise initiale laisse la place à une réflexion profonde sur l’acte et l’action d’improviser avec un matériau musical, sonore, instrumental. Tout ça pour dire que ce duo de Birgit Ulher (avec Christoph Schiller) est un de ses meilleurs albums : Tulpe Schicht Brille…

Note: ne pouvant parvenir à écrire un nouveau pensum, je n’ai pu résister à la faire un peu potache, n’ayant pas à supporter un éditeur, ou un rédac’chef sérieux et responsable…” / Jean-Michel Van Schouwburg, Orynx-improv’andsounds, 24 October 2018

 

“Angeblich ist Liebe nur ein Wort. Aber Trompete und Spinett sind auch nur Wörter, zumindest am Mund von Ulher und unter den Fingern von Schiller, einer Größe im Bereich der Bruits Secret, massiert im Insub Meta Orchestra und Ensemble X, intim mit Gambe (Pierre-Yves Martel), Synthie (Thomas Lehn, Eric Ruffing) oder Trompete (Tassos Tataroglou) und nicht zuletzt solo. Es liegt jedenfalls nicht an Electronics, Krimskrams, Radio und Lautsprecher, dass hier wenig bis nichts nach Getröte und Geklimper klingt. Zu hören sind perkussives Gestöber, Dröhn- oder Schmauchspuren mit metallischem und luftigem Beigeschmack und rätselhafte Punktierungen – hier ein sporadischer Zupfer, da ein ominöses Schaben oder Vibrieren. Als Ausdrucksweise einer besonders auf Creative Sources und Another Timbre verbreiteten Geräusch-Poesie aus blubbrigen, schnarrenden oder gepressten Lauten, linden Pfiffen, zagen Tönen, twomblyesken Klanggesten. Ob Striche, kleine Krakel, schiefe Tönungen, raue Wellenformen, alles geschieht in der sorgsamen Zurücknahme des Ichs hinter das Tönen. Das Ego wird zum ‘Hohltier’, das nesselig oder quallend dem Festen spottet. Es wird ‘Licht Pilot’, zum Medium für Klänge, die dröhnende Fäden ziehen. Oder zum Teilchen, das andotzt und abprallt von Eisen und Holz. Abrupte Laute, pickende oder blinkende, stehen im gezielten Kontrast zu Haltetönen in vielerlei Gestalt. Schmurgelig bebenden, die flächig in die Breite gehen wie bei ‘Teich Tisch Leib’, oder knattrig-flattrigen und wie aus einer rostigen Röhre gezogenen. Ulher nötigt einem Hohlkörper mit lecken Ventilen wieder Erstaunliches ab, Schiller, den man sich als ‘Geiger’ und Knöpfchendreher vorstellen muss, erzielt mit gestrichenen Kanten und rau zirpendem oder federndem Draht nicht weniger Verblüffendes (und manchmal zum verwechseln Ähnliches).” / Rigobert Dittmann, Bad Alchemy, BA 100, 29 October 2018

 

“Slovenian label Inexhaustible Editions is rapidly growing into a powerhouse for more radical forms of improvised music. Here they present three new releases to proof their extremity. The first one is by Birgit Ulher (trumpet, radio, speaker and objects) and Christoph Schiller (spinet, electronics and objects). The spinet is of course not a very common instrument when it comes to improvisation. The five pieces here were recorded in Schiller’s atelier (oddly enough not called ‘studio’ on the cover) and contains some intense music, perfectly outlining the sort of improvisation that this label deals, and players like Ulher and Schiller normally play. Much of this is quiet, yet never bordering too much on being all-silent with just a scratch here and a tick there. There is, as far as I can judge, always something to hear on this disc. The spinet and trumpet are recognizable as such to most extent, the first being plucked and the second playing longer notes. To that this duo adds the resonating sounds of objects on a speaker, of onmgoing manipulations by hand manipulation of objects and a bit of static crackles from radio and electronics. There is some fine controlled interaction going between these two players, leaving room for each other to expand their sounds, adding and subtracting when necessary and within the limited range of their means there is a lot to be done, so the level of variety is quite big here. It moves between the gentle and the extreme, between quiet and less quiet and it is throughout a beautiful release.” / Frans de Waard, Vital Weekly, 30 October 2018

 

“My ongoing, absurd struggle to come to grips with the sound of the harpsichord in all its guises (including the spinet that is Schiller’s instrument of choice) continues, but I’m slowly making ground. Here, Schiller (also utilizing electronics and objects) is joined by the fine trumpeter Birgit Ulher who herself adds radio, speaker and objects to her always imaginatively played and manipulated horn (it is their second recording together, I believe, after 2012’s Kolk on Another Timbre). The five improvised tracks are sober and investigative, sometimes – given the enhanced brass and the metallic sound of the spinet – evoking vague, mysterious mechanical operations, an imaginary steam-punk contraption. There’s a fine feeling of intense focus here, no throwaway moments, as well as a very good balance between response and independence. Often, the listener has the initial impression of an answer to a sound posed by the other, but then the respondee goes off on his/her own tangent, unrelated enough to cause that listener to doubt their first thoughts. And yes, the basic spinet sound is subjugated more than enough to quell any visceral reactions I might have – sometimes the strings are plucked to an astringent guitar-like effect. Ulher’s trumpet, as ever, is a fount of unusual sonorities, buzzing, clacking and dripping away but always with precision. Thoughtful, intelligent improvisation of a high order – recommended.” / Brian Olewnick, Just Outside, 27 December 2018

 

“More disappointments for Chris Botti, Chuck Mangione and Wynton Marsalis fans are here. Although this session features a trumpeter playing in a string-enhanced, small group, unlike Botti, Mangione and Marsalis’ oeuvre neither is designed for smooching, relaxing or polite finger-snapping. Instead trumpeter Birgit Ulher from Hamburg has devised a disc demanding careful listening to follow the somewhat spiky, carefully skewed microtones that go into serious improvising. It is committed to negating expected brass timbres from her horn. For instance Ulher, who has played with the likes of Gino Robair uses these slow-paced showcases to generate original strategy.

Take Tulpe Schicht Brille’s game plan for example. On first glance it might look like the sort of conventional trumpet-and-keyboard lauded by mainstreamers; or since German Christoph Schiller favors the spinet with its obliquely-set strings, some might be fooled into thinking another lachrymose Trumpet’n’Strings is on offer. No way. The CD’s five tracks find two individualists creating idiosyncratic intonations that are often so non-specific that ascribing particular notes or tones to either instrument is nearly impossible. Assuredly the players also promote non-specificity by Ulher linking radio, speakers and objects to her horn exhortations, while Schiller, who also uses objects and electronic processing as playing tools, more frequently slaps, pops and strokes the spinet’s strings than uses the keyboard. A common strategy as exhibited on the title track, finds jangling string strums backing volatile trumpet noises that move from vacuum-cleaner-like buzzes to hollow tube echoes and mouthpiece kisses. As abrupt pauses separate each brass transformation, hissing oscillations and string jitters are also heard until each upsurge blends with others to form a solid mass.

Replicated textures from each player’s exposition mean that the CD’s most characteristic improvisations are also the most aggressive, as with Pollergebiet and Teich Tisch Leib. On the latter, the trumpeter’s output is mostly attuned to blowing harsh tones against unyielding metal or actively creating new textures by scratching the instrument’s external finish before playing. On Pollergebiet, plucked and clanking spinet string stopping plus flanges that resemble the sound of magnetic tape unrolling are Schiller’s high frequency responses to Ulher’s narrative, although he leaves enough space so that Ulher’s repertoire of laughing gargles, sibilant growls and brassy brays can be appreciated. On the concluding Teich Tisch Leib, her aggressive blows into the horn’s body tube encourage sinewy plucks and string stops from Schiller, first intermittently than completely blurring with her output into a single uniform tone.

With sounds like these on this disc, it can be recommended to those interested in sonic exploration and those who aren’t hung up on what intonations are appropriate to different instruments.” / Ken Waxman, JazzWord, 13 March 2019

 

“Birgit Ulher and Christoph Schiller are here with Tulpe Schicht Brille, a fine set of reduced playing made in unusual fashion. We last heard Ulher doing her trumpet and radio thing on Radio Tweet, where she did it with Ute Wassermann. Uhler’s tabletop also carries a speaker and various objects, and her performances are filled with small intimate events complementing her very compacted trumpet playing. Each puff on that instrument seems very constrained, but it’s still very expressive; one thing I like is that she doesn’t feel the need to call attention to her breathing, which is something Axel Dörner used to do rather a lot. Ulher produces mysterious growls and purrs which feel very natural, and we’re not getting yet another lesson in extended technique.

Composer and keyboard player Schiller, from Stuttgart, has appeared on quite a few records from Another Timbre and Creative Sources Recordings, and indeed recorded with Ulher in 2012 on the Kolk album for Another Timbre. Along with his electronics and objects, he plays the spinet – an instrument which rarely crops up in an improvising context. The baby sister of the harpsichord, it involves plucking a string with the key rather than hammering a piano wire, and the sharp tone it emits is something you could use in place of dental floss. While I suppose the spinet may have featured on many florid recordings of baroque music, Schiller’s playing here is anything but florid. He will only surrender a note on very strict terms, it seems, wishing his contribution to be felt with the clean sharpness of a needle entering your arm.

Tulpe Schicht Brille thus offers some very unusual sound combinations, and at their most effective the pair create (in a very low-key manner) something that’s almost alien in its unfamiliarity. There’s a certain coldness and stiffness to the performances, but if anything this only adds to the overall effect.” / Ed Pinsent, The Sound Projector, 16 April 2019

 


 

Radio plays ↓

 

· Godbeni Imperializem at Radio Študent, Ljubljana, 31 January 2019